Retrouver l’Unité au delà de la peur

La peur, le plus vieil ennemi de l’humanité, celle qui détruit et sépare même les liens les plus forts tissés entre les êtres, a trouvé ces dernières années un nouvel allié de poids avec l’Etat Islamique et les attentats terroristes qu’il revendique et perpétue au cœur même de l’occident. Présentée comme une croisade contre la chrétienté, alors qu’elle n’a qu’un lointain rapport avec le fait religieux qu’elle entend imposer, cette guerre de civilisations qui frappe sans prévenir des innocents agit comme un révélateur des peurs et des dissensions qui minent nos sociétés en profondeur.

Le terrorisme, c’est l’action de la terreur, « C’est la propagande par le fait ou la pédagogie par le meurtre. » (Les cahiers de médiologie – Gallimard, 2002). Une stratégie de l’image, une scénographie de nos pires cauchemars visant à nous impressionner, à nous traumatiser, pour faire passer un message qui dépasse même la souffrance et les dommages infligés.

Dans ce contexte, en France, symbole autoproclamé de cette fameuse civilisation judéo-chrétienne et des droits de l’Homme qui s’invite régulièrement dans les conflits du Moyen Orient et de l’Afrique, la peur de l’autre est devenue l’objet de toutes les convoitises. Grâce à cette arme létale, l’État Islamique entend priver mentalement les français, tous les français, de cette liberté qu’ils croient, encore, porter comme un flambeau au regard du monde. Une stratégie de la terreur qui fonctionne d’autant mieux qu’elle est prolongée par la propagande des partis de droite et d’extrême droite qui n’hésitent pas à surenchérir dans la précipitation pour condamner l’incompétence de la gauche au pouvoir, tout en se montrant prêts, « pour protéger les français », à sacrifier cette liberté si encombrante, pourtant racine fondatrice d’un état de droit démocratique. Revers de ce triste et calamiteux paradoxe, le pouvoir épuisé se croit obligé de céder à la tentation d’un discours va-t-en-guerre, quitte à provoquer une peur liberticide pour mieux prolonger un État d’Urgence qui a pourtant prouvé son inefficacité.

La peur n’a pourtant pas attendue l’État Islamique pour s’emparer des peuples de l’occident et d’ailleurs. Elle plane au dessus des têtes de mes contemporains depuis un long moment, portée par les ailes des grands groupes médiatiques qui abdiquent peu à peu leur liberté rédactionnelle au profit des ambitions idéologiques de leurs actionnaires. Une influence pernicieuse, souvent réfutée par celles et ceux chargés de lui donner corps, qui n’hésite plus, sûr de son pouvoir, à s’exercer au grand jour, en gommant plus ou moins subtilement la pluralité des opinions, l’objectivité et la recherche de vérité qui devraient rester la base de la profession de journaliste.

On assiste ainsi médusé aux discours d’experts autoproclamés qui répètent inlassablement les mêmes analyses à l’emporte-pièce, éludant les vraies questions et les vrais débats au profit d’un sensationnalisme de circonstance qui ne fait que renforcer la peur au lieu de la rationnaliser. En parallèle, le traitement de l’information, à la TV comme dans la presse écrite, se fait toujours plus l’écho du malheur des autres, à travers des microphénomènes montés en épingle, des ragots relayés par les réseaux sociaux, comme si la soif exhibitionniste du grand public et le profit qui en découle pouvaient tout justifier. Comme si nos peurs pouvaient se trouver soulager par le spectacle de la souffrance d’autrui, pendant que les vrais problèmes restent invisibles à la vue du plus grand nombre.

Souvent secondée par une classe politique qui n’hésite plus à l’utiliser comme levier de contrôle ou par pure stratégie clientéliste, la peur rampe dans les veines du corps social, créant du communautarisme, du nationalisme, de la xénophobie, déclenchant des réactions violentes et menaçant les jeunes comme les vieilles démocraties des deux cotés de l’Atlantique. À force d’inégalités sociales, économiques et ethniques, les sociétés d’aujourd’hui engendrent les démons qui les détruisent de l’intérieur. Lorsqu’elles parquent ceux dont elles ne veulent pas aux bordures de notre conscience, les oubliés de la consommation, ceux qui n’ont pas eux accès au festin de la croissance – lorsqu’ils ne l’ont pas nourri de leur travail servile – elles créent la frustration, l’injustice, le racisme, la peur du lendemain et finalement l’ignorance de l’autre qui conduit à la détestation, à la haine et la violence.

Face à une communication sélective au service des intérêts d’un nombre de plus en plus restreint d’individus « élus » par le système, la fraternité, l’altruisme et la compassion, valeurs qui maintiennent pourtant l’humanité en équilibre au-dessus de ses contradictions et la sauve des forces duales qui la menacent depuis toujours, peinent à s’exprimer dans l’espace publique. Trop souvent moqués et dénigrés jusqu’au cynisme – en particuliers par certains capitaines d’Industries à la fortune colossale – ces valeurs essentielles du bien vivre ensemble sont aujourd’hui pratiquement éludées de la parole politique lorsqu’elles ne sont pas noyées dans des discours démagogiques et populistes, sans élévation d’esprit et sans véritable proposition de changement.

Lorsque la peur prend le pouvoir sur le mental, elle nous éloigne de notre vraie nature et nous prive de notre capacité à vivre libre en respectant l’autre. Elle nous encre dans la matière et nous coupe de nos aspirations profondes pour servir ceux qui la provoquent un peu partout autour de la planète, que ce soit pour des raisons politiques ou économiques, ce qui, dans bien des cas, revient aujourd’hui aux mêmes. Portés par les lobbies qui agissent dans l’ombre des grandes institutions nationales et internationales, les lois du marché et de la finance entendent bien prendre le pas sur toutes autres considérations éthiques, spirituelles et humanistes, sous prétexte d’une froide efficacité compétitive. Comme si la croissance, la richesse et l’accumulation de biens matériels étaient la seule voie vers le bonheur, comme si l’avenir de l’humanité ne pouvait désormais plus s’incarner que dans une machine infernale à produire et à consommer, dénuée de tous sentiments et de toutes aspirations spirituelles. L’économie, religion proclamée du Néo libéralisme est en croisade. Elle entend bien nous formater pour mieux nous contrôler, quitte à sacrifier au passage les valeurs essentielles à l’Unité qui peut seul nous sauver de cette spirale décadente qui nous entraine vers le fond.

Tout se passe comme si nous n’avions pas la possibilité de résister, alors que l’on nous assène régulièrement qu’il « n’y a pas d’autres alternatives » en guise de fin de non recevoir aux aspirations des peuples à façonner leur destin, ignorant sciemment leur conscience grandissante des manipulations dont ils sont les victimes. En tant que français je m’interroge : comment la république peut-elle rester fidèle au triple pacte philosophique de sa devise – Liberté, Égalité, Fraternité – lorsque l’une des seules industries prospères du pays est l’armement ? Comment justifier que nos dirigeants se transforment en super représentant de cette industrie pour vendre des armes à des pays qui piétinent régulière cet espoir républicain, quitte à attiser des conflits à l’autre bout de la planète, pour continuer ce sinistre commerce sous couvert de défendre nos valeurs ?

Ce paradoxe entre la représentation, l’image, et la réalité des faits nous échappe à chaque fois que la peur nous voile la face, à chaque fois qu’elle dénoue les liens d’humanité difficilement tissés entre les peuples et les êtres par la bonne volonté de celles et ceux qui refusent sa logique irrationnelle. Une logique qui prend bien des formes, bien des visages, pour se faire reconnaître et appliquer sa sombre influence sur les sociétés. Une logique qui radicalise ceux qui sont perdus, abandonnés, exclus, même si cela ne légitime en rien leurs actions futures. Ceux d’ici, dont on n’a pas su voir la détresse, l’ignorance ou le désespoir profond, ni dans la famille, ni à l’école, ni au travail. Ceux d’ailleurs, que l’on a laissé tombé, en « vertu » du moindre mal, dans la guerre civile, que l’on a pris en otage de politiques aveugles et sourdes à la misère, à la responsabilité, à la compassion, victimes souvent innocentes des jeux de pouvoir des états qui les bombardent, comme si l’expérience n’avait pas maintes fois prouvé leur incapacité à agir dans l’intérêt de celles et ceux qu’ils prétendent libérer.

Le problème, il nous échappe si souvent alors qu’il est devant nos yeux, c’est que nous ne nous connaissons pas vraiment les uns les autres. Trop souvent, nous ne nous connaissons pas nous même, réagissant sous le coup de l’émotion plutôt que d’agir en conscience de ce que nous sommes. Nous cultivons des images de nous même et des autres, mais ce jeu de miroir nous fait oublier la conscience qui s’agite derrière le voile de nos projections mentales et égotistes. Tant que nous continuerons à nous laisser manipuler, à jouer avec des images, à les interpréter comme si elles étaient la totale et véritable expression des êtres, des peuples, des pays sur lesquels nous les collons, nous ne parviendrons pas à dépasser la peur de l’autre. La peur de notre propre finitude, la peur de ne pas être à la hauteur de sociétés qui s’éloignent un peu plus chaque jour de la liberté de penser et de l’idéal démocratique rêvé par les grands penseurs du passé. Autant de philosophes, scientifiques et hommes d’état qui rêvaient de nous voir un jour égaux, libérés de nos peurs élémentaires par la science, la technologie et l’amélioration des conditions de vie qu’elles promettaient au progrès social.

Pourtant, au cœur de cette confusion grandissante, il subsiste l’espoir de nous retrouver au delà de la peur qui nous prive peu à peu de transcendance. La peur n’est pas une malédiction ! C’est une illusion du mental que l’on nous programme à éprouver à propos de tout et de rien, que l’on voudrait même nous apprendre à aimer comme un frisson qui nous fait sentir vivant. La peur de l’autre, de la différence, la peur de manquer, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur de la douleur et de la mort, autant de souffrances que l’on peut atténuer, voir éviter, si l’on décide de vivre en pleine conscience.

Il n’y a pas de jugement possible ici. Ce n’est pas une affaire d’état ou de croyance, si ce n’est peut-être en son propre discernement, mais c’est d’abord une affaire personnelle, une méconnaissance de soi-même. Il appartient à chacun de faire sa révolution psychologique, de regarder sa peur dans les yeux sans chercher d’abord à lui trouver des motifs, à l’interpréter, à lui attribuer une valeur, forcément limitative ou disproportionnée. Il s’agit juste de la reconnaître, sans l’abreuver, et par la grâce de cette reconnaissance lui enlever ce pouvoir qui lui vient de l’ignorance, de l’inconnu, du secret, de l’acceptation inconsciente.

Qu’est-ce que la peur au fond ? C’est tous ce qui dévie de nos circuits habituels de pensée et de croyances, tout ce qui crée de l’incertitude, c’est le temps qui divise, la crainte de ce qui pourrait arrivé dans l’avenir, ou d’être rattrapé par un événement du passé. C’est quelque chose qui n’est pas encore, qui n’est pas maintenant, mais qui pourrait-être, car la peur est issue de la mémoire et de la pensée qui s’en sert. Il est très difficile de trouver les causes réelles de ses peurs, qu’on les divise ou non en conscientes et inconscientes. Mais si l’on se contente de les regarder sans les juger, sans penser aux mots qui les font surgir, la mort, la dépendance, le manque, etc., on comprend que de la même manière qu’il n’y a qu’un seul désir en nous qui s’exprime à travers plusieurs objets, il n’y a qu’une seule peur totale en nous. Cette peur est l’enfant de la pensée qui se souvient et se projette, s’agite en permanence sans nous laisser le temps d’être tout simplement, maintenant. Peut-être pour nous empêcher de nous voir tel que nous sommes ?

La peur – et la violence qui en découle – viendrait de l’ignorance de notre vraie nature, de notre manière d’exister au monde, détachée du réel et des autres par ces images que l’on adore ou que l’on déteste, par cette dualité sans cesse renouvelée entre soi et le monde… Cette ignorance qui a peur de l’impermanence, de l’autre, de tout, ne sait pas la chance qui nous ai donnée, dans cette microseconde de vie du temps universel, de nous comprendre et de nous libérer de la dictature des idées, des images et des concepts qui nous tiennent éloignés de l’expérience intime de l’instant. La peur, pourtant, est enfermée dans le temps psychologique. Elle a besoin d’être pensée pour s’imposer à nous. Elle vient de ce que nous ne savons pas tout autant que de ce que nous croyons savoir, de nos souvenirs et de nos souffrances. Elle n’a pas de prise sur l’instant présent que nous partageons ensemble, lorsque nous agissons en conscience, lorsque nous regardons ce qui est, sans juger de ce qui a été ou de ce qui pourrait être. La peur est le fruit de la pensée, de la mémoire, pas de l’action ni de l’instant vécu en pleine conscience.

Les bombes que nous lâchons sur les populations du Moyen et du Proche Orient ne touchent pas que des combattants djihadistes. Elles font mal aux peuples et attisent le désir de vengeance, la peur de l’autre, jusqu’à générer ce que l’on prétend combattre. Nul n’est besoin d’être un énarque, un diplomate, un philosophe ou un grand clerc pour le comprendre. La politique sécuritaire qui nous enferme dans nos certitudes, renforce nos peurs et nous prive de nos libertés, attise la colère et le désir de violence de ceux qui se sentent laissé pour compte, sans nous protéger de la radicalisation contre laquelle elle est censée nous défendre. Les évènements récents l’illustrent tout autant que les discours populistes des uns et des autres qui surfent sur la peur pour vendre la guerre, comme ultime et unique solution au terrorisme.

Si nous devons nous protéger de la radicalisation instrumentalisée par l’EI en utilisant tous les moyens policiers et les hommes du renseignement dont nous disposons, cela ne peut pas suffire à résoudre le problème, mais tout au plus en minimiser les effets dévastateurs. C’est un fait indéniable, même si tout en nous crie vengeance devant ces crimes barbares : ce n’est pas en attisant la peur de l’autre que nous saurons détecter le moment où cet autre bascule dans l’irrationnel. Ce n’est pas en rendant nos sociétés violentes et insensibles que nous défendrons les valeurs qu’elle est censée porter. Ce n’est pas en limitant nos libertés fondamentales que nous inculquerons ces valeurs de partage et d’ouverture au monde à nos enfants et le désir de s’élever au dessus des contingences pour transcender nos origines ethniques, religieuses ou sociales. Ce n’est certainement pas en stigmatisant les femmes portant délibérément et en toute indépendance le burkini sur les plages françaises, comme s’il appartenait au gouvernement de décider à leur place ce qu’elles doivent porter au nom de leur liberté (!), que nous trouverons l’apaisement dans nos relations avec nos frères et sœurs musulmans qui souffrent en silence de cette mise en abime de l’identité française et de la laïcité qu’elle revendique … Comment pourrions nous d’ailleurs défendre le droit des femmes musulmanes à disposer de leur corps sans leur donner la parole, alors qu’elles sont totalement absentes du débat publique instigué à droite comme à gauche ?

Au contraire, c’est en prenant conscience de ce que nous sommes réellement que nous dépasserons nos paradoxes et que nous trouverons la solution à cette ignorance et à cette détresse qui précipite les jeunes dans les bras de DAECH, loin, très loin de la religion que cet état prétend servir. C’est en admettant que la xénophobie existe que nous pourrons la maîtriser en nous et retrouver le chemin de l’unité indispensable pour lutter contre les défis qui nous attendent dans les années à venir, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de nos frontières. La violence sous toutes ses formes, comme instrument de pouvoir, économique, sociale, idéologique, ne résoudra pas la crise de civilisation que nous traversons. Elle l’accentuera au contraire, attisant toujours plus la peur de l’autre, du lendemain, de soi-même, jusqu’à nous pousser dans les bras d’un conflit mondial que personne ne pourra arrêter.

La résistance, si nous le voulons, commence aujourd’hui, en soi-même. Le courage aujourd’hui ce n’est pas d’aller contre, mais c’est d’aimer quand même, de vivre quand même, d’exister complètement maintenant, même si la peur est là qui rôde. Le courage, ce n’est pas de lutter contre la peur, ce qui ne fait que la renforcer, c’est de la reconnaître en nous, de la domestiquer chaque jour et de la réduire à ce qu’elle est par la connaissance de soi même : un mouvement psychologique de notre mental lorsqu’il choisit l’ignorance et l’irrationnel plutôt que la réalité des faits débarrassés de toutes projections inutiles de notre ego.

Au moment où la mécanique quantique s’apprête à révolutionner une nouvelle fois la manière dont nous percevons le monde, il serait peut-être utile de rappeler que notre perception du réel dépend de la manière dont nous le ressentons en tant qu’être humain, mais aussi en tant qu’individu. Nous pouvons explorer avec nos sens de primate l’univers d’un oiseau et en donner une représentation humainement cohérente, mais cela ne veut pas dire que nous comprenons le réel de l’oiseau, parce que nous ne ressentons pas les choses de la même manière. Notre perception individuelle, la manière dont nous interprétons les informations que nous recevons de nos sens, dépend intimement de notre culture, de notre savoir et de notre expérience. Si la culture nous rejoint au sein d’un groupe déterminé, le savoir et l’expérience nous sont uniques et déterminent la valeur que nous donnons à nos actions et à celles des autres.

Dans ce contexte, on peut appréhender à quel point notre discernement est fragile lorsqu’il est conditionné par nos sens et par nos émotions, c’est à dires des réactions physiologiques et psychologiques indépendantes du lien de cause à effet. La peur, comme toutes les autres émotions, peut déformer notre perception du monde, au point de la rendre irrationnelle lorsque le mental perd la capacité de discerner pour tomber dans le jugement. Se laisser dominer par la peur, c’est donc renoncer à notre libre arbitre au point de commettre des actes qui nous sont dictés par elle au lieu de se donner l’opportunité de façonner notre futur à l’aune de ce que nous sommes vraiment. En commettant des actes barbares, DAECH espère radicaliser notre vision du monde, nous pousser vers une dualité extrême qui nous entrainera à notre tour à commettre des actes violents, à juger, à nous opposer les uns aux autres dans un reflex de protection désespérant et contre productif. En stigmatisant la communauté musulmane, l’Etat Islamique espère bien nous entrainer dans une guerre de religion intestine qui lui permettra de recruter et de fédérer de nouveaux combattants contre l’occident. Ce cauchemar nous pourrions le vivre en nous laissant dominer par la peur. Nous pourrions basculer dans la guerre, dont elle est le meilleur porte-parole, mais nous avons jusque là résister à cette tentation désastreuse. Nous avons su résister jusqu’ici, parce que nous pouvons nous appuyer sur des valeurs communes et une certaine vision du monde qui refuse l’obscurantisme dans lequel la terreur des attentats tente de nous enfermer.

Si nous voulons reprendre les reines de nos vies et donner une chance aux prochaines générations d’évoluer dans un monde apaisé, nous devrons trouver la force de regarder ce qui se passe en nous, sans indulgence ni idée préconçues. De notre capacité à dépasser la peur et l’irrationnel de nos rapports à l’autre dépend notre capacité à nous rassembler et à trouver des solutions pour vivre ensemble tous les jours, chaque jour. Recréer du lien entre les êtres, c’est cultiver l’attention au moment, ré enchanter le présent pour éviter de transmettre nos peurs à nos enfants. Vivre le moment dans toute son intensité, c’est offrir une opportunité à chacun d’eux de se comprendre, de s’écouter et ne pas faire peser sur leurs épaules les tourments qui nous agitent, le tragique de nos actions passés et la peur de ce qui pourrait advenir. C’est les laissé libre d’ouvrir les yeux sur le monde avec un regard neuf et positif, un regard non obstrué par la peur, libre d’imaginer au présent la vie qu’ils souhaitent mener, libre de se reconnaître loin des stéréotypes et des idées préconçues, de tendre la main vers l’autre au-delà de nos différences. Le futur de l’humanité sur notre planète en dépend.

Lets joy come !

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The pleasure, this object of thought that becomes sacred in our societies, yet is the main cause of suffering of human beings. When the simple and profound joy that you feel to be, to observe the beauty of the world, to interact in the moment with it, in the simplicity of the feeling of being alive, become memory, thought, reflection, desire, suffering is never far…

With the desire emerge the feeling of lacking, the need to satisfy, looking for identical repetition. And even when after many efforts we obtain the object or the feeling desired, the disappointment of not to feel the same simple joy and sensation to be with it, in it, of not finding the same strength, the same intensity, leads us to more disappointment, frustration, the need to have more, to have better, while our memory compares, analyses, evaluates…

We are almost all of us slaves of our desires and we do pretend to forget that they are the source of our daily suffering, of our large and small frustrations, of the need to possess to ensure that this pleasure will not go away, that it will be available whenever we want to experience it. As if the object of pleasure escaped impermanence, as if our desire could be satisfied by a renewed sensation endlessly, as if our spirit reacted mechanically to the sensation, whereas that are the memory and thought that expresse it, compare it, judge it, and give it its value.

Our State of mind is a perpetual change, which is not expressed through thought or memory. The joy comes from contentment of the spirit which is embodied in the beauty of the moment, without comparison, without judgment, without value. Joy is a sensation in motion that lives in us now, not the projection of a desire fulfilled in the pleasure.

If we decide to let us go forward with pleasure, to take the risk to suffer lack, frustration or disappointment that accompanies it, we should try at least to do it conscientiously, without hiding our face! And when joy is there in us, as a deep feeling of love that sublime us, let it exist freely, without trying to catch it, to put it in a small box of memory, without intellectualize it or analyse it, without register it in the psychological time of thought which compares and judges.

Joy is something that is lived thru the action to be in the moment. Joy doesn’t need framework nor special knowledge to express itself now, in the peaceful and deep contemplation of love for the world that lives in us, that we are at this moment, without denying nothing of what we are, of the spirit which contemplates, simply fully absorb in existence at the moment.

Lets our joy be free, let us be free to experience it without boundaries, fears or preconceptions. Let us enjoy life and share it every moment that we can… We may be find our way to that universal love we all so deeply need, right now, everywhere.

Laissons venir la joie !

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Le plaisir, cet objet de la pensée devenu sacré dans nos sociétés, est pourtant la principale cause de souffrance de l’être humain. Lorsque la joie simple et profonde que l’on ressent à être, à observer la beauté du monde, à interagir dans l’instant avec elle, dans la simplicité de la sensation du vivant, devient mémoire, pensée, réflexion, désir, la souffrance n’est plus très loin. Avec le désir nait la sensation du manque, le besoin à assouvir, la recherche de la répétition à l’identique. Et même lorsque après maints efforts l’on obtient l’objet ou la sensation désirée, la déception de ne pas éprouver la même joie simple et sensible d’être avec elle, en elle, de ne pas retrouver la même force, la même intensité, nous conduit à plus de déception, à la frustration, au besoin d’avoir plus, d’avoir mieux, alors que notre mémoire compare, analyse, évalue.

Nous sommes presque tous l’esclave de nos désirs et nous faisons semblant d’oublier qu’ils sont la source de nos souffrances quotidiennes, de nos petites et grandes frustrations, du besoin de posséder pour s’assurer que ce plaisir ne partira pas, qu’il sera disponible à chaque fois que nous voudrons l’éprouver. Comme si l’objet du plaisir échappait à l’impermanence, comme si notre désir pouvait se satisfaire d’une sensation renouvelée à l’infini, comme si notre esprit réagissait mécaniquement à la sensation, alors que c’est la mémoire et la pensée qui l’exprime, la compare, la juge, qui lui donne sa valeur.

Notre état d’esprit est un changement perpétuel qui ne s’exprime pas par la pensée ou à travers la mémoire. La joie vient du contentement de l’esprit qui s’incarne dans la beauté du moment, sans comparaison, sans jugement, sans valeur. La joie est une sensation en mouvement qui nous habite au présent, pas la projection d’un désir assouvi dans le plaisir.

Si nous décidons de nous laisser aller au plaisir, de prendre le risque de souffrir du manque, de la frustration ou de la déception qui l’accompagne, essayons tout du moins de le faire en conscience, sans se voiler la face ! Et lorsque la joie est là, en nous, comme un profond sentiment d’amour qui nous sublime, laissons la exister en toute liberté, sans essayer de l’attraper, de la mettre dans une petite case de la mémoire, sans l’intellectualiser ni l’analyser, sans l’inscrire dans le temps psychologique de la pensée qui compare et qui juge.

La joie se vit dans l’action d’être à l’instant même. Elle n’a pas besoin de cadre ni de connaissance particulière pour s’exprimer au présent, dans la contemplation paisible et profonde de l’amour pour le monde qui nous habite, que nous sommes à cet instant, sans rien renier de ce que nous sommes, de l’esprit qui contemple, simplement absorber tout entier dans l’existence à l’instant.

Laissons notre joie s’exprimer librement ! Donnons-nous la liberté de l’expérimenter à chaque fois que nous le pouvons, en toute liberté, sans barrière, sans peur, ni préconception. Donnons-nous la chance de la partager à chaque instant et peut-être trouverons nous le chemin vers cet amour universel dont nous avons tant besoin, maintenant, partout.  

13/11/2015 – La France touchée en plein coeur.

Le 14 novembre 2015, Hoi An, Vietnam.

Je me réveille à l’autre bout du monde et ce soir Paris, la ville qui m’a vu naître et grandir, est à feu et à sang. De là où je suis, c’est comme si une guerre avait éclaté entre deux mondes : celui d’où je viens, qui veut croire encore aux valeurs de notre pays – égalité, liberté, fraternité – et celui de ceux qui en sont exclus par l’ignorance, le désoeuvrement et la peur de l’autre. Ces jeunes gens embrigadés et organisés – car cette fois-ci il s’agit d’attaques concertées – par des fous de dieu et de pouvoir qui n’ont reculé devant rien pour instaurer la peur dans notre pays. Au moment où j’écris ces lignes, nous ne savons pas encore d’où venaient ces kamikazes, mais la police évoque déjà des complicités et une mise en oeuvre française.

Combien de morts encore, combien de suicides et d’attentats faudra-t-il subir avant que nous, en temps qu’humain, ne réagissions à la montée du communautarisme et de ces faux prophètes qui embrigadent nos enfants pour en faire des meurtriers sans conscience ?

Combien de temps nous faudra-t-il encore pour que nous comprenions que nous sommes tous concernés par ce qui se passe à côté de nous, juste à côté. Ces adolescents déformés par la dualité du monde qu’on leur propose, rejetés par le système, montrés du doigt comme la cause et non la conséquence d’une politique et d’une société qui ne savent plus comment faire perdurer un modèle usé jusqu’à la corde plutôt que d’oser se remettre en question ?

Comment expliquer à ces jeunes, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, qui bavent devant les vitrines de notre société de consommation sans pouvoir en pousser la porte, que le bonheur ce n’est pas d’avoir, mais d’être ensemble au service de quelque chose qui dépasse l’individu lorsque la plupart de nos dirigeants n’y croient pas eux mêmes ?

Comment expliqué à quelqu’un qui ne croit pas en lui-même que si dieu existe, il est le même pour tous, il est en nous tous, à chaque fois que nous faisons preuve de compassion, d’altruisme, à chaque fois que nous tendons une main vers celui qui souffre pour l’empêcher de tomber dans la désespérance ?

Aujourd’hui une certaine oligarchie voudrait nous faire croire que nous sommes pris au piège dans une société qui ne propose que deux choix : réussir ou se taire. Une réussite capitaliste, bien sûr, qui se mesure à l’aune de ce que l’on possède ou d’un compte en banque bien garni et non pas à ce que l’on est, au bonheur d’exister et d’être ensemble.

La recherche du bonheur, c’est presque devenu une plaisanterie un peu naive pour celles et ceux qui ne croient qu’à cette course effrénée vers la croissance, la propriété, la productivité, quitte à foutre en l’air la planète en attendant le déluge… Quitte à aller chercher ailleurs ce que nous n’avons pas chez nous, à commencer par les matières premières… Quitte à bouleverser les équilibres de toute une partie du monde, sans trop se soucier de ce qu’il adviendra après, sans trop s’intéresser non plus aux moeurs de ceux qui achètent d’une main nos hôtels de luxe, nos clubs de footballs et nos villas sur la Côte d’Azur, tout en finançant des organisations terroristes de l’autre, lorsqu’elles ne sont pas toutes deux occupées à lapider une femme adultère…

Pourtant, même aujourd’hui, dans ces moments de folie meurtrière, je sais que les consciences s’éveillent. Je vois tout autour de moi des personnes qui croient que l’on peut changer maintenant, sans attendre que ces élites politiques et financières, corrompues jusque dans leurs rêves par le pouvoir, nous montre la voie, sans attendre que l’on nous en donne le droit ou que celles et ceux qui n’ont pas un échantillon de bonheur sur eux essayent de nous le vendre en boite, prêt à l’utilisation.

Aujourd’hui plus qu’hier, malgré l’horreur qui nous entoure un peu partout autour du globe, malgré ces penseurs de pacotille qui crient à la prochaine apocalypse, je sais qu’il existe un autre chemin. Je sais que nous sommes nombreux à vouloir trouver le bonheur dans une vie qui nous ressemble et que nous ne nous laisserons pas faire. Nous ne pouvons pas changer le monde d’un coup de baguette magique, mais nous pouvons commencer par nous même. Une sorte de révolution individuelle, psychologique et philosophique qu’il tient à chacun d’entre-nous de mener, sans attendre que l’on nous en donne le signal. Une évolution qui passe par un retour aux sources de l’Homme, parce que nous ne sommes pas ces êtres égoïstes que l’on a voulu nous décrire, parce que la bienveillance, la compassion et l’altruisme sont bien plus proches de nous que ces valeurs de pacotilles que l’on essaye de nous enfourner dans le gosier à coup de spots télé et de sous culture atrophiée.

Il est temps de passer à autre chose. Il est temps de lâcher un peu nos écrans et nos téléphones portables pour regarder ce qui se passe autour de nous, dans la vraie vie, avec des vraies personnes et de vraies émotions.

Mes prières vont aux victimes, mais aussi à tous ceux qui souffrent, à tous ceux qui restent vivants après ces attentas iniques. Mes prières vont à nous tous, pour que nous trouvions ensemble la force de regarder ce qui se passe à l’intérieur, pour que nous trouvions en nous la sagesse et la compassion de rendre à ce monde les valeurs qu’il mérite, sans distinction de couleurs, de pays ou de croyance. Je prie pour que de ces violences aveugles ne naissent pas d’autres violences, d’autres ressentiments, pour que d’autres laissés pour compte ne soient pas à leur tour embarqués dans ce tourbillon aveugle qui ne mène qu’à la souffrance.

Prenez bien soin de vous et de celles et ceux qui vous entourent.